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Grâce

May 17th, 2008 by Olivier Vogelsang


En février dernier “Le Monde” m’envoie dans la cité du Perrier à Annemasse quelques jours avant la présentation par le gouvernement du plan “espoir banlieue”. L’espoir nous l’avons rencontré en compagnie d’Eric Collier à l’ombre des tours grises. perrier_1nb.jpg

© Olivier Vogelsang

Cette photo publiée suscitera plusieurs critiques très positives. L’une d’elle m’a particulièrement touché, elle vient de Christophe Bruel à Paris :

“Les 2 personnes qui se détachent de la photo sont unies. Elles semblent faire front, se soutenir, se comprendre. Une nette complicité se dégage de leur proximité. Leur attitude semble à la fois amoureuse et tendre. La jeune fille de gauche semble incarner une certaine masculinité dans le maintien de son corps et dans le positionnement de sa main droite. L’adolescente de droite incarne une certaine féminité dans le positionnement de sa main et dans son regard qui semble survoler la scène et aller se poser bien au-delà. Et pourtant l’observateur sent qu’il ne s’agit pas d’une description de scène amoureuse. L’arrière plan renvoie à la – dure ?- réalité. Un immeuble peu éclairé semblant donc plus ou moins déserté et en tout cas duquel ne semble sortir aucune vie, ne semble s’exprimer aucun signe d’humanité. Cet immeuble est là dans sa froideur qui nous semble extrême. Le reflet de l’arbre à droite de l’immeuble ne réchauffera pas l’atmosphère, son ombre, projetée ou détachée de la façade, même si elle n’est pas angoissante restera perçue comme une menace. Les 2 réverbères blafards du fond (signes de vie?) semblant surgir d’un brouillard renforcent l’impression générale du visuel.

Et pourtant, cette photo est merveilleuse et pleine de vie : elle nous signale que même dans un environnement hostile, difficile à vivre pour des adolescentes rien n’est plus important que de se soutenir, se comprendre. Toute empreinte de poésie, elle nous rappelle les notions, souvent galvaudées, d’amour, de solidarité et de partage.
Est- ce parce qu’elles se détachent si nettement de leur environnement ? Elles sont fortes, une beauté se dégage de leur proximité, elles font front, elles sont unies. Et on meurt d’envie de les rencontrer pour leur exprimer, à notre tour, notre solidarité.
Cette photo porte beaucoup d’espoir.
Et chaque jour je ne me lasse pas d’en admirer les profondeurs.
Merci”.